Votation RFFA: retour au compromis? Une analyse

Votation RFFA: retour au compromis?

18.06.2019 | Claude Longchamp

A peine sept heures après la clôture du vote du 19 mai 2019, l’institut de recherche gfs.bern a déposé la première post-analyse du scrutin populaire fédéral, basée sur une enquête. Le journal télévisé de la SRF en a parlé. Après la votation RFFA, nous y avons creusé la question de l’avenir de l’AVS.

Welche Stossrichtung sollte ein AHV-Reformpaket beinhalten? Die Ergebnisse der Umfrage.

Lors du vote sur la réforme fiscale et le financement de l’AVS, un vaste centre politique s’est prononcé favorable au compromis. 88% des électeurs du PLR, 85% des électeurs du PDC, et 75% du PS étaient pour. Même au sein de l’opposition, au PVL, 72% se sont exprimés en faveur du projet gouvernemental. Les partis défavorables à la réforme étaient divisés: 53% de «oui» chez les Verts et 49% chez l’UDC. Cette dernière n’avait pas donné de recommandation de vote.

La décision de la majorité a été motivée par trois motifs:

  • le maintien de l’attractivité du pays pour les entreprises;
  • l’amélioration de la sécurité des retraites;
  • l’approche sous forme de paquet, qui permettrait de désamorcer deux sujets politiques actuels sensibles à la fois.

Le contre-argument principal porte également sur ce dernier motif, mais d’un point de vue négatif. Selon lui, il serait antidémocratique d’établir une liaison entre deux projets sans rapport.

Urs Bieri, responsable du sondage spécial pour la SRF, a déclaré hier soir que les électeurs avaient accordé plus d’importance à l’urgence du problème qu’à la critique de la démarche.

84% refusent une diminution des retraites

Cela ne veut pas dire que nous pouvons maintenant rester les bras croisés! Le débat sur la réforme de l’AVS, justement, reprend immédiatement. Hier, ce ne sont pas des voix que l’on a gagnées, mais du temps. Le co-directeur de gfs.bern déclare: «Toute la Suisse attend d’autres réformes, dans l’idéal au cours des cinq années à venir au plus tard.» En d’autres termes, les prochains votes décideront des majorités qui devront appliquer ces réformes.

Parmi les mesures testées, aucune ne se distingue à elle seule des autres. Ce constat concerne seulement les diminutions des retraites, mais dans le sens négatif du terme!  84% des électeurs rejettent ces diminutions, de manière plus ou moins explicite. Les approches radicales du report de l’âge du départ en retraite, par exemple à 67 ans pour les hommes et les femmes, ne remportent pas non plus la majorité.

Le report de l’âge de départ en retraite à 65 ans pour les femmes serait susceptible d’obtenir une majorité (73% des électeurs se disent sûrement ou plutôt pour), ainsi que d’autres augmentations de la TVA pour financer l’AVS (67% sûrement ou plutôt pour) et, le cas échéant, des prélèvements salariaux supplémentaires (57% sûrement ou plutôt pour). Il n’existe cependant pas de majorité dans ces trois cas, l’estimation se base uniquement sur les probables soutiens.

Cette approche n’est pas sans conséquence: chaque tentative de restructuration de l’AVS échoue si elle ne présente qu’une seule cause et une seule mesure. Les électeurs attendent de l’art politique. Celui-ci ne pourra exister qu’avec un mélange créatif de mesures qui nécessitent le rassemblement d’un centre politique étendu. Ce rassemblement devrait s’appuyer sur une entente politique de droite à gauche – de nouveau un compromis!

Trois questions à Urs Bieri, co-directeur de l’institut de recherche gfs.bern:

Les réformes de l’AVS ne réussiront-elles que si elles sont soutenues par une nette majorité au Parlement? Sur quoi cette majorité devrait-elle s’appuyer?

Principalement sur un paquet équilibré. Depuis 1995, la politique suisse a proposé 17 fois des réformes dans le domaine des régimes de retraite. A partir de 1995 (10e révision de l’AVS), toutes les tentatives ont échoué au Parlement ou aux urnes, à l’exception du paquet impôts-AVS. Le refus de la réforme des retraites de 2020, présentée également sous forme de paquet, a remporté une petite majorité. Dans le domaine des réformes des retraites, les paquets de mesures paraissent être une bonne solution – il n’est pas nécessaire de toujours combiner deux orientations aux contenus différents.

Le débat actuel va plus loin que ce que nous avons testé ici. Il s’étend d’une 13e rente AVS jusqu’à une adaptation automatique de l’âge du départ en retraite à l’espérance de vie. Quelles propositions peuvent l’emporter?

Les réformes d’extension ou de suppression isolées n’ont aucune chance. Ni la gauche ni la droite bourgeoise ne peuvent faire valoir leurs propres intérêts par le peuple seul. Ceux qui donnent et qui reçoivent sont alors responsables. Si nous ne trouvons pas un compromis de chaque côté, nous allons continuer à tourner en rond pendant des années avant de réussir à réformer les retraites.

gfs.bern a présenté hier une analyse initiale, publiée en un temps record. Que faut-il pour cette prestation de force?

La post-analyse est la conclusion d’un travail intensif pendant le scrutin du dimanche. Parallèlement au sondage et à l’analyse, nous avons également établi des prévisions, que nous avons commentées à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux, et nous avons aidé différents médias de la presse écrite à intégrer ces résultats. Ce travail ne peut être effectué qu’avec des processus et des interfaces performants, mais aussi une équipe bien rodée et expérimentée. J’ai un grand respect pour mes 14 collègues sur le terrain et en coulisse pour la préparation, qui apportent chacun leur contribution essentielle et font constamment face à la pression élevée avec une motivation optimale.