Image de soi, cohésion et avenir : la Suisse porte un regard critique sur elle-même tout en misant sur ses atouts démocratiques

10.07.2026 | Sophie Schäfer, GFS Bern

Les Suisses associent avant tout leur pays à la démocratie, à la sécurité et à la stabilité. Dans le même temps, les inquiétudes concernant la cohésion sociale ne cessent de croître. Les principaux défis ne sont pas les influences extérieures, mais les inégalités croissantes et la polarisation politique. Les résultats de l’étude « So tickt die Schweiz » (Comment fonctionne la Suisse) réalisée par gfs.bern pour le compte du Beobachter dressent le portrait d’une société autocritique, pragmatique et en même temps confiante.

La démocratie reste le fondement de l'identité suisse

Les personnes interrogées répondent clairement à la question de savoir ce qui constitue l’essence même de la Suisse. Elles citent le plus souvent la démocratie directe et la possibilité de participer aux décisions politiques comme les piliers essentiels de la cohésion nationale. La stabilité économique, la sécurité, l’État de droit et la fiabilité revêtent également une importance capitale. Ce sont donc avant tout les institutions communes et les valeurs sociales qui façonnent l’identité suisse, bien plus que la démarcation culturelle ou les symboles nationaux.

Même en comparaison internationale, la population considère que les principales forces de la Suisse résident dans ses institutions. Le système politique et la démocratie, les infrastructures, l’éducation et la recherche, ainsi que le système de santé sont jugés particulièrement positifs. Les résultats dressent le portrait d’un pays dont les atouts sont avant tout d’ordre interne : là où les institutions publiques fonctionnent et façonnent le quotidien de la population.

 

C'est de l'intérieur que vient la plus grande pression

Les résultats montrent également que la cohésion sociale est perçue comme fragile. Les personnes interrogées citent les inégalités croissantes et la polarisation politique comme les principales menaces pesant sur l’identité typiquement suisse. Ces deux phénomènes sont plus souvent considérés comme un danger majeur que l’immigration ou l’intégration européenne.

Il est frappant de constater que la perception varie selon les thèmes. Alors que, par exemple, l’évaluation de l’immigration est fortement influencée par l’orientation politique, les personnes de différentes tranches d’âge partagent la même inquiétude face à la polarisation croissante. L’étude suggère ainsi que les tensions sociales internes sont aujourd’hui perçues comme ayant une plus grande influence sur l’identité que les influences extérieures.

Entre préservation et changement

On constate une ouverture générale au changement. Seule une petite minorité souhaite que la Suisse reste telle qu’elle est. La majorité estime qu’il est nécessaire de s’adapter, au moins en partie, pour que le pays continue à prospérer à l’avenir.

Par ailleurs, les Suisses se décrivent souvent comme proches de la nature, terre-à-terre, travailleurs et attachés à la démocratie. L’innovation ou le cosmopolitisme occupent une place nettement moins centrale dans l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Ces résultats renvoient ainsi à une image de soi dans laquelle les qualités éprouvées restent importantes, sans pour autant exclure fondamentalement tout changement.

Autocritique malgré une grande satisfaction

En comparaison internationale, la population porte un regard nuancé sur son pays. Alors que le système politique et la démocratie, les infrastructures et les transports publics, ainsi que l’éducation et la recherche sont considérés comme des atouts majeurs, les personnes interrogées estiment qu’il existe un potentiel d’amélioration, notamment en ce qui concerne le rôle de la Suisse en tant qu’acteur politique sur la scène internationale. Le rayonnement culturel et la créativité, ainsi que l’égalité entre les sexes, font également l’objet d’un jugement relativement critique. Des faiblesses sont également perçues en matière de protection de l’environnement et de durabilité, de gestion et d’intégration des minorités, de rapport à sa propre histoire, ainsi que d’ascension sociale et d’égalité des chances. Ces résultats témoignent d’une société qui porte un regard autocritique sur son pays.

Dans le même temps, le niveau de satisfaction personnelle reste élevé. Alors que les personnes interrogées portent un regard majoritairement positif sur leur situation personnelle, leurs avis sur divers sujets sociaux et politiques se révèlent nettement plus critiques.

Une image plus réaliste de la Suisse

Les visions d’avenir des personnes interrogées reflètent également cette ambivalence. Pour l’année 2036, la Suisse est décrite à la fois comme un pays prospère et sûr de lui, mais aussi comme un pays vieillissant ou en retard. Cette coexistence d’attentes divergentes témoigne d’une image de soi moins idéalisée que pragmatique et réaliste.

Toutes les analyses font ainsi apparaître une image cohérente : la population suisse continue de faire confiance aux atouts de ses institutions démocratiques et porte un regard majoritairement positif sur ses conditions de vie. Parallèlement, on constate une prise de conscience croissante du fait que la cohésion sociale, la capacité d’adaptation et la gestion des tensions internes seront déterminantes pour l’évolution future de la Suisse.

Détails techniques

Ces résultats sont tirés de l’étude « Comment fonctionne la Suisse », réalisée par gfs.bern pour le compte du Beobachter. Entre le 4 et le 11 mai 2026, 1 024 habitant·e·s de Suisse âgé·e·s de 16 ans et plus ont été interrogé·e·s en ligne via le panel interne « Polittrends ». L’échantillon a été pondéré en fonction de l’âge et du sexe au sein des régions linguistiques, ainsi qu’en fonction de la langue, du canton, du type d’habitat, du niveau de formation et de la préférence politique. La marge d’erreur statistique est de ±3,1 points de pourcentage avec un niveau de confiance de 95 %.

Vous trouverez de plus amples informations dans le Beobachter.


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